Terreur Froide

Terreur Froide

Juin 2007

Je passai silencieusement devant la cuisine et le salon. Mes pieds nus glissaient furtivement sur le sol de marbre. Pris d’un soudain sentiment de malaise, j’interrompis mon mouvement, aux aguets.

La porte de mes parents, sur ma droite, était entrouverte.

Certes, ce petit détail aurait pu paraître anodin si je n’avais pas vécu vingt ans dans cette maison, mais là, quelque chose n’allait pas, je le sentais. L’air me semblait lourd, pesant.

Mes yeux se tournèrent vers la porte de ma chambre, sur ma gauche. J’aurai pu activer la poignée de porte et m’enfoncer dans mes couvertures, pour tenter d’oublier la peur qui croissait en moi…

Un bruit métallique me fit sursauter. Je tournai la tête vers l’escalier obscur, qui, plongé dans la pénombre, semblait me défier de m’approcher. Ces marches menaient au grenier : une veille pièce pleine de poussière, fermée à clé, que je n’avais plus exploré depuis une bonne dizaine d’années. Elle était désaffectée. Alors, d’où venait ce bruit lugubre ?

Mon souffle s’accéléra. Je m’en rendis compte et tentai de me raisonner. « Tu as bu un peu trop », me dis-je en chassant ces sombres pensées. Je me dirigeai vers la porte de ma chambre et tentai d’entrer. La porte résista. Verrouillée.

            Un vent froid et sec s’insinua dans tous mes membres, pétrifiant mes mains, me faisant frissonner. Intrigué, je tournai difficilement la tête vers la chambre de mes parents. La porte s’était ouverte d’une dizaine de centimètres.

            Plus inquiétant encore, la lampe de chevet de mon père était éteinte. D’habitude, il attendait toujours mon retour avec impatience. Pris d’une soudaine panique, j’entrai dans la chambre et actionnait l’interrupteur, me préparant au pire.

            Personne.

            Un second bruit métallique, plus lourd et plus effrayant que le précédent, me fit lever la tête. J’ai entendu dire que la peur donne des ailes. Et bien, je peux vous assurer que j’étais loin de planer à cet instant. Entravé par une force inconnue, je me suis emparé de la vieille clé du grenier accrochée au mur et d’une vieille lampe de poche qui avait eu la malchance d’attirer mon regard. Un autre bruit s’est fait entendre. Cette fois-ci, il a rebondi contre les murs blancs, résonnant dans mes tympans.

            Lentement, j’ai franchi les marches me séparant du dernier étage. A chaque pas, le froid devenait plus insistant, plus pesant. Mes mains ont tremblé violemment. La vieille porte a grincé lorsque j’en ai poussé le battant. En projetant le poids de mon corps contre le vieux bois de chêne, je suis parvenu à me glisser dans la pièce.

            Pour autant que je m’en souvienne, le grenier n’avait pas changé depuis dix ans. Tout y était calme, et le désordre qui y régnait me réconforta un moment. Mon faisceau lumineux se promena sur les murs sans rien y découvrir de particulier. Rassuré, je m’apprêtai à sortir, lorsqu’un nouveau son métallique m’emplit d’effroi.

            Ce bruit paraissait incroyablement amplifié, plus proche encore que les précédents. Un souffle de glace frappa mon oreille, une longue plainte se mêla à la douloureuse multitude de sons que mon ouïe captait tant bien que mal. J’eus plus froid que jamais, mes jambes vacillèrent, et je dus faire preuve d’une grande volonté pour bander mon esprit. J’avalai ma salive et, en inspirant résolument, je me retournai.

            Deux êtres de glace me regardaient fixement. Je n’eus aucun mal à reconnaître mes parents, transformés en spectres semblables à des statues pétrifiées par le froid et les âges. Ils ne marchaient pas, ils se déplaçaient par lévitation. Leurs bras osseux se terminaient par cinq pics de glace acérés comme des couteaux. Mais ce qui me frappa le plus, ce fut leurs yeux.
            Un regard froid et dépourvu de tendresse, accusateur, trahi, qui me glaça ce qui me restait de sang chaud. Je voulus crier, mais mon corps n’était plus qu’une masse d’adrénaline dépourvue de réactions. Mon père leva un bras. Au bout de celui-ci, il tenait une épée sertie de saphirs. L’arme heurta le sol, produisait une nouvelle fois l’infâme bruit métallique. Il la pointa sur moi en murmurant des paroles incompréhensibles. Son souffle rauque n’était que froid et mort. Mais il suffisait que je le regarde dans les yeux pour saisir la puissance de son message.

            Les ténèbres ne tardèrent pas à m’envahir, et je sombrai dans un profond sommeil, désireux de fuir toute cette terreur pour retrouver la tranquillité qu’offrait une bonne nuit de repos.

            Le lendemain, mes parents me retrouvèrent effondré dans mon lit, la tête contre le mur. Ils me firent part de leur inquiétude me concernant : le soir précédent, je n’étais pas monté leur souhaiter une bonne nuit.

            Je les rassurai tant bien que mal, et leur présentai mes excuses. Ils sortirent de la pièce après s’être assuré une nouvelle fois que tout allait bien, me laissant seul. Une sale migraine me martelait les tempes. Ma montée au grenier de la veille me revint en mémoire. Je me rendis compte que je frissonnai à la simple évocation de ce sombre cauchemar. Je sortis de ma chambre sans me presser. Jamais plus je ne forcerai sur l’alcool.

            La porte du grenier était bel et bien verrouillée, ce qui me rassura quelque peu. Mais un petit détail attira mon regard. Des traces de pas marquaient les trois premières marches poussiéreuses. Un éclat lumineux me fit tourner la tête. Je me penchai et ramassai un petit saphir. Je le fourrai dans ma poche, mal à l’aise, et m’empressai de descendre dans la cuisine pour y rejoindre mes vrais parents.

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Dernière mise à jour de cette page le 13/06/2008

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