Nos Ténèbres

2008, 28 Mai.

Regarde. Là, tout près, juste devant toi…

Les Ténèbres flottent autour de lui. Elles l’étouffent, elles l’enserrent tellement fort que tu te demandes s’il ne va pas s’effondrer. Tu les vois, ces Ténèbres ? Oui, comme moi, tu peux les voir… Tout le monde le peut, c’est tellement flagrant ! Et bien, figure-toi que lui ne se rend même pas compte de leur présence.

Il ne peut pas les voir. Il s’y est habitué, au fil des mois, il s’en est servi comme une sorte de bouclier, pensant pouvoir maîtriser ces effrayantes nébulosités. Te croirais-tu un jour si jamais on t’avouait que tu n’étais qu’un objet ? Non. Et bien, à ton instar, il n’est capable de croire aucune personne qui s’aventurerait à décrire ces ténèbres qui l’encerclent et qui le narguent.

Pourtant, au fond de lui, là où les pensées sont bercées de la tendre mélodie de l’inconscient, il le sait. Il sait que quelque chose le ceinture, le torture… Mais comment ces douces conceptions, aussi frêles et éphémères que les tendres pétales d’un coquelicot, pourraient-elles lutter contre la puissance pernicieuse de ces noires Ténèbres ?

Toi, tu es capable de l’aider. D’ailleurs, je le suis aussi, comme chaque être humain. Nous pouvons lui révéler l’affreuse noirceur qui le couvre de la tête aux pieds. Du moins pensons-nous pouvoir le faire ! Mais lui, veut-il être aidé ?

Peut-être. Peut-être pas. Laisse-le se débattre avec ses propres Ténèbres : s’il veut s’en débarrasser, il y arrivera. Il a en lui la force nécessaire pour y parvenir.

Il voit la Lumière, tu sais. Loin, en infime quantité, mais il n’empêche qu’elle soit là. C’est sa propre Lumière, et elle seule, qui vaincra ses Ténèbres. Tu ne peux pas le forcer à sortir de son cocon abstrus, pas plus que moi.

Regarde. Il sent le bonheur qui filtre par cette ouverture lumineuse. Tu vois, son sourire ? Ce n’est qu’un minime filament de la Lumière qui s’exprime.

Tu te poses la même question que moi, pourquoi diable n’écarte t-il pas cette brèche une fois pour toutes, afin d’annihiler entièrement ces murailles de Ténèbres qui le retiennent prisonnier de ses propres limites ?

Regarde. Il voit la Lumière. Il sent la percée, il tâte l’ouverture…

Et il la referme. Précipitamment, sans hésiter. Il a trop peur, et même s’il sait que ce qui l’attend le comblera, il se considère comme incapable de vaincre ses Ténèbres.

Ce n’est pas le moment, pour lui.

Tu ne peux rien faire, moi non plus.

Alors, laisse ses Ténèbres de côté, et concentre-toi sur les tiennes…

Peut-être que toi aussi, tu rejettes une Lumière ?

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Dernière mise à jour de cette page le 13/06/2008

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