2008, 11 Juin
Je repose mon stylo. « Agréable, charmant… » Non, non et non ! Pas ces mots-là. Ils sont trop flous, trop incommodes, trop inadaptés… Ce n’est pas ceux qu’il me faut. Mais, pour l’amour du ciel, quel adjectif pourrait convenir ?
Regard en coin à mon vieux réveil digital. Les chiffres rouges, émergeant difficilement derrière les couches de poussière, sont formels : six minutes, soit plus de trois cents secondes, que je cale sur un bête adjectif. Et ce n’est qu’un mot, parmi les centaines que je me dois d’aligner pour pondre une nouvelle convenable !
Mes doigts s’agitent mollement devant mes yeux. Je les observe, presque avec reproche. J’ai l’impression qu’ils se courbent sous mon regard.
« Pourquoi n’en êtes-vous pas capables ? » ai-je songé avec amertume.
Au fond, ceux d’Amaury avaient effectué un travail parfait pour que la prof lui rende sa copie avec un sourire si encourageant sur ses lèvres. Je revois encore le visage de mon ami… A croire qu’il eut été frappé d’une foudre divine quelconque, au vu de ses yeux qui semblaient sur le point d’exploser de lumière. Passons à Lea, qui, une fois en possession de son dix-huit sur vingt, avait ouvert la bouche d’une manière si impressionnante que j’en eus mal au cœur pour sa pauvre mâchoire.
Ma mâchoire à moi, elle avait surtout morflé quand mes dents s’étaient serrées, si fort qu’elles auraient pu briser le plus dur des métaux, devant ce provocant neuf et demi sur vingt, divine goutte d’eau qui venait de faire déborder le vase de mes échecs dans la compétence « écriture ».
Compétence, c’est sûr que ça porte bien son nom. Je parlerai même de « don ». Comment diable s’y prendre pour dénicher le mot qui, parmi les milliers de la langue française, réussira à se fondre dans le texte jusqu’à prendre une allure naturelle et plaisante ?
Ce mot m’a complètement déstabilisé. «Plaisant »… Il m’a semblé tellement pernicieux que je l’aurai bien éjecté du dictionnaire. Punition suprême pour un mot malheureux ?
« Plaisant ». Après tout, pourquoi tenais-je tant à écrire ? Pour « plaire ». Etre enfin la cible des tendres remarques et des doux sourires encourageants. Revenir à la maison, en fin de trimestre, avec un sourire confiant plutôt qu’avec le bulletin caché dans le dos. Pouvoir persuader les gens que l’écriture, c’était toute ma vie…
Aimer écrire tout en écrivant mal. Je tombais là dans une situation assez paradoxale, et pas la plus agréable de toutes.
« Tant pis », ai-je songé avec un petit sourire. J’ai imploré mes mains de bien vouloir pardonner mes piteux écarts, j’ai fixé dans ma tête les mots « Ecris pour Toi », et j’ai repris mon stylo en main.
Agréable. Charmant.
Non. « Plaisant », ai-je écrit avec un petit sourire satisfait.
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