Elle et l'Autre

2007, 10 Février.

Le soleil brillait timidement derrière les nuages, qui, portés par le vent, s’éloignaient vers le sud. Je marchai d’un pas tranquille à travers la ville, tout en songeant à Elle. Elle, que j’aimais. Rien que le fait de savoir qu’elle m’aimait elle aussi me rendait heureux, guilleret.

Une petite brise matinale me fit frissonner. Je parvins aux grilles de mon école et rentrai dans l’établissement, le cœur léger. Je traversai le parc pour rejoindre un groupe de vieux amis, lorsque deux silhouettes retinrent mon attention.

Je n’eus aucun mal à les reconnaître. D’abord, Elle, si belle, si fraîche, si délicate. Sa démarche légère et insouciante ne laissait pas place au doute. Elle marchait avec un garçon qui se trouvait dans ma classe, lui aussi. Je fronçai les sourcils quand je vis leur main se frôler légèrement. Ils étaient entraînés dans une discussion chevronnée. Intrigué, je leur tournai le dos et m’accoudai contre un gros tronc d’arbre. Je pris un cahier entre mes mains et baissai la tête, comme si je relisais attentivement un cours quelconque. C’était une pratique très courante, dans cette école : lorsqu’un élève prenait cette pose, cela signifiait qu’il ne tenait pas à être dérangé.

Elle et l’Autre passèrent devant moi sans me voir. Un rayon de soleil illumina le visage ravi de ma copine. Je captai un de ses magnifiques sourires, mais il ne m’était pas adressé.

Le cœur serré, je les vis s’installer sur un banc. Elle fut à peine assise qu’elle se releva d’un bond, et bien que je fusse trop loin pour entendre ses jurons, je compris qu’elle trouvait ce banc trop froid. Son ami tapota timidement ses genoux, et à mon grand étonnement, Elle s’y assit de bon cœur.

Je n’étais pas stupide. Je savais ce qu’un garçon ressentait lorsqu’une fille s’asseyait sur ses genoux. Surtout quand il s’agissait d’une fille pareille. Je perçus nettement le léger raidissement du garçon, mais une fraction de seconde plus tard, il était de nouveau détendu et calme. Ses mains se posèrent sur les hanches de ma copine.

Je voulais sortir de ma planque et leur ordonner de se séparer, mais je n’en avais pas le courage. Ce n’était pas vraiment mon genre. Et puis, j’étais dépité, parce qu’Elle semblait prendre plaisir à se retrouver dans cette situation. Non, tout ce que je voulais, c’était fuir, ne plus jamais la revoir. Cependant, ce n’était pas si facile : je l’aimais.

Un rayon de souffrance me transperça de part en part lorsqu’elle prit la main de l’Autre entre les siennes, comme elle le faisait si souvent avec moi. La douleur m’irradia soudainement. Je me sentais mal. Trahi. Je lui avais fait confiance, et elle m’avait trahi. J’étais désespéré.

Certains de mes copains m’auraient conseillé de frapper l’Autre, mais j’étais plutôt doux, timide et sentimental. Alors, j’ai caché l’immense et sournoise douleur qui s’emparait de moi. J’ai ramassé mes affaires et je suis parti. Sans doute s’embrassaient-ils dans mon dos.

Au plus profond de moi, j’étais dégoûté des filles. Dégoûté de cette faiblesse, de cette frivolité, de ce manque d’attache et de sentiments. Je me suis juré que je ne permettrais plus cela.

Et j’ai eu la conviction que je n’aurai plus de copine jusqu’à ce que la jalousie se soit effacée de moi.

J’étais torturé par ma jalousie.

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Dernière mise à jour de cette page le 13/06/2008

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