Comme chaque jour

 

 

2007, 7 février.

Je l’ai regardée. Elle m’a regardé.

 

C’était un jeudi matin, huit heures quart. Un jour scolaire banal.

Et elle s’est avancée vers moi. Je me suis avancé vers elle. Ses yeux verts me fixaient timidement, son petit sourire m’était adressé à moi seul. Mon cœur manqua un battement. Je l’aimais.

La distance qui nous séparait s’est rétrécie. Nous approchions toujours l’un de l’autre. Comme chaque matin. Autour de nous, le vent sifflait paisiblement, apportant un temps froid qui me faisait frissonner. Mais aucun de nous deux ne s’en souciait. Nos yeux se défiaient, et nous avancions l’un vers l’autre, sans que quoique ce soit puisse nous arrêter.

Comme chaque jour.

Je l’aimais.

J’aimais ses yeux qui me faisaient fondre. J’aimais sa façon de parler. J’aimais son rire cristallin. J’aimais ses blagues enjouées. J’aimais sa manière bien à elle de m’embrasser. J’aimais la serrer dans mes bras.

Mais cet amour, primordial et essentiel jusqu’à présent, fut remplacé en une seconde par de l’exaspération pure. Ce quotidien, cette monotonie, ce peu de changement m’énervait.

Une dizaine de mètres seulement nous séparaient l’un de l’autre. Mes pas crissaient sur le gravier du parc de mon école. Mes yeux ont cillé. Les siens aussi.

Ce moment était magique. Ces dix secondes qui resteront à jamais gravées dans nos mémoires. Dix secondes, pleines d’amour et de tendresse.

Ma bouche s’entrouvrit légèrement. Ses lèvres à elle se décollèrent doucement. Nos mains se tendirent, nos doigts se croisèrent.

Comme chaque jour.

Ses yeux verts me fixaient toujours, passionnés. Elle m’aimait, elle aussi.

Nos bras se sont repliés pour que nous puissions encore avancer. Mes mains sont remontées le long de ses bras, ont effleuré sa petite poitrine ferme pour se poser sur ses hanches. Ses doigts sont remontés le long de mon visage, ont effleuré ma barbe naissante, ont accroché mes cheveux. Nos lèvres se sont touchées. Nos langues se sont palpées. Un frémissement de bonheur m’a parcouru.

Comme chaque jour.

Alors que nous nous écartions lentement l’un de l’autre, j’ai ouvert la bouche. Les mots ont afflué. Je lui ai dit, d’une voix lente et dépourvue de toute émotion :

-Je souhaite mettre un terme à notre relation.

Ses yeux se sont écarquillés. Mes lèvres sont restées entrouvertes, les mots flottant encore à leur extrémité. J’avais peine à croire ce que je venais de dire. Elle n’en revenait pas plus que moi. Le vert de ses prunelles est devenu brun, voilé par la tristesse. Une pointe de souffrance a transpercé mon cœur. Je me sentais nouveau, comme si ma déclaration m’avait ouvert un nouveau monde.

Elle a fait volte-face. Ma main a glissé sur sa veste grise. Mes doigts n’ont happé que de l’air. Elle partait. Je l’ai regardée s’en aller. Une dernière fois, j’ai admiré sa silhouette fine, sa démarche souple, sa chevelure flottant au gré du vent.

Je l’ai laissé partir. Le lien qui nous unissait depuis six mois s’est cassé d’un coup. J’étais trop triste pour l’être. Alors j’ai fait demi-tour, moi aussi. Mais durant toute la journée, je n’ai cessé de penser à elle.

Je l’aimais toujours.

Comme chaque jour.

Commentaire (0)

Aucun commentaire

Ajouter un commentaire
Vous

Votre message

Plus de smileys

Champ de sécurité

Veuillez recopier les caractères de l'image :



Dernière mise à jour de cette page le 13/06/2008

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Littérature
Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web